The poet acts

Enregistré dans : Eté — Morgane at 10:07 pm on Samedi, août 5, 2006

Une note fleurie pour l’été, un parfum aux odeurs délicieusement fruitées, un rayon de soleil dans les yeux. Pour des vacances teintées de souvenirs heureux, de rires, d’instants capturés, où le planning sérieux laissera la place à l’improvisation. Je pars demain et avec moi quelques rêves et quelques espoirs. Je pars pour la vie, l’air pur, les chevaux, les souvenirs. Demain je traînerai derrière moi une lourde valise couleur bleu-gris, je porterai à la main un surplus de bagages et je me dépècherai pour ne pas manquer mon train. J’attraperai un métro au vol, je manquerai de tomber dans les escaliers de Paris. Peut-être trouverai-je mon compartiment rapidement, peut-être essairai-je d’échanger ma place avec mon voisin pour coller mon visage contre la fenêtre et observer les paysages défilants. Enfin, ce qui est sûr, c’est que je reviendrai pour tout raconter et que je ferais mieux à l’heure actuelle de rejoindre les bras de Morphée.

Morgane.

The face of everything

Enregistré dans : Automne — Morgane at 4:23 pm on Lundi, juillet 31, 2006

Félicité se faisait une conception de la perfection un peu particulière et, s’il est vrai que cette notion supposait encore il y a peu quelques convictions incertaines, la jeune femme s’était toujours mis en tête de trouver le foyer qui pourrait répondre à cette appellation. Sans pour autant tout mettre en oeuvre afin de satisfaire sa curiosité et son désir de poser des images et des visages sur son idée fixe, celle-ci parcourait néanmoins les maisons de ses proches d’un oeil distrait, persuadée qu’elle trouverait un jour le logis où arrêter son regard. Comme souvent, on trouve ce que l’on cherche au moment où on s’y attend le moins.

C’est donc ainsi que, tout à fait par hasard, les pas de Félicité la conduirent jusqu’à un douillet appartement du seizième arrondissement parisien. Oh, bien sûr, Félicité avait pris soin d’apprécier l’immeuble et ses alentours, jugeant ainsi du caractère calme et accueillant du quartier bordant l’appartement. Un petit parc aux teintes vertes, ses quelques marches et ses bancs fraîchement repeints. La tour Eiffel pointant fièrement , tout près, si l’on se retournait pour la contempler. L’oeil aiguisé de la jeune femme n’avait pas manqué non plus de remarquer la propreté des rues, le calme qui régnait dans ce coin de Paris en une journée d’été ensoleillée et le chic des quelques passants qui profitaient du beau temps pour se promener. Félicité s’arrêta au numéro seize, composa un code à quatre chiffres et poussa la lourde porte à deux battants pour pénétrer dans le hall. Sur la gauche, une liste de noms, un interphone. Elle ne tarda pas à trouver celui qu’elle recherchait, pressa un bouton rectangulaire et, collant son oreille tout près des trous, se fit indiquer le troisième étage. Sans même lancer un regard à l’ascenseur élégant qui se tenait sur sa droite, elle fit glisser ses pieds sur les marches d’un large escalier recouvertes d’un riche tapis pourpre pour se hisser aux étages supérieurs. Lorsqu’elle arriva au troisième, la porte d’entrée était déjà ouverte, laissant découvrir un carré blanc et un morceau de meuble. Félicité pénétra timidement dans l’appartement, fit glisser son sac jusqu’au sol et entreprit de balayer du regard l’entrée qui s’offrait à elle. Devant, une grande glace qui lui renvoyait son reflet, un peu étonné. En dessous, une commode en bois verni, recouverte par divers papiers et quelques cadres raffinés abritant une série de photos de famille. Des gens souriants, habillés élégamment, avec cette pointe de fierté et de luxe dans le regard. En se tournant vers la gauche, Félicité découvrit un piano droit, lui aussi recouvert par des papiers emmêlés. Elle pensa avec regret que le bel instrument servait simplement de décoration et ne remplissait plus vraiment sa fonction initiale. Comme pour s’assurer qu’il était toujours capable de tirer quelques sons, elle souleva avec précaution le lourd panneau qui recouvrait les touches blanches et pressa un “mi” de l’index. Rapidement, elle s’éloigna du clavier, comme si elle craignait, en ayant brisé le silence, de faire perdre de sa magie à l’instant qu’elle vivait. Elle poursuivit mentalement sa visite, se risquant à jeter un oeil au salon, un regard aux chambres. Une décoration sobre et pourtant tellement riche, tellement… parfaite. Des murs blancs qu’aucune tache sombre n’oserait salir, de grandes fenêtres aux carreaux impeccables, des fauteuils anciens, une table basse en verre, un long guéridon dans la salle à manger. Le tout si bien éclairé que l’on pouvait presque sentir un peu de chaleur se dégageant de ces pièces à l’apparence si froide. On l’appela dans la cuisine, où Félicité fut vite attirée par les délicieuses odeurs qui venaient lui chatouiller les narines. Là encore, une pièce lumineuse, un carrelage blanc simple mais propre, de nombreux placards renfermant vaisselle brillante et nécessaire à cuisine. Un four automatique, un immense réfrigérateur distributeur de glaçons (avec la possibilité de choisir la taille de ses glaçons), une poubelle moderne d’un gris métallique et dont le couvercle s’ouvrait tout seul d’une simple pression. Une de ces cuisines que l’on pouvait observer dans les catalogues.

Plus tard, Félicité découvrit que c’était le genre d’endroit où on l’appelait “darling”, où les gens s’exclamaient avec des “oh my god” faussement offusqués, où on disait même “que c’est smart!”. Pourtant, malgré le côté académique et pompeux de la chose, ce n’était pas un foyer où l’on manquait d’amour. Derrière le luxe, les pièces immaculées, les appareils ménagers perfectionnés… une famille unie. Un couple qui s’aimait encore après vingt-cinq ans, un père qui appelait ses filles “mes petites chéries”, des frères et sœurs complices, qui ne réprimaient pas leurs sentiments et n’étaient pas avares de compliments. Oui, derrière le côté impalpable, lointain, froid… un peu de chaleur, un confort bien différent de celui offert par les canapés généreux, ce quelque chose qui faisait que l’on pouvait enfin cesser de retenir son souffle et respirer plus librement.

La jeune femme poursuivit sa visite discrètement, empruntant à pas feutrés le long couloir menant aux chambres. Dans le même ton, des murs blancs, une décoration primaire, quelques cadres et photographies pour tout ornement. Les bureaux parfaitement rangés supportaient tous un ordinateur portable, avec lecteur DVD probablement inclus. Dans une pièce, une étagère remplie de films, tous classés par genre, distingués par une étiquette de couleur. Jaune pour les films d’action, vert pour les comédies, rouge pour les films dramatiques ou romantiques, noir pour la science-fiction et bleu pour tout le reste. Tout semblait s’inscrire dans un ordre particulier, chaque chose était rangée à sa place de sorte que l’ensemble soit harmonieux et le plus lisse possible. Ce qui fascina le plus Félicité fut probablement l’une des salles de bain. De petite taille, au carrelage brun, pourvue d’une simple douche, la pièce offrait pourtant tout le nécessaire et peut-être même plus. Félicité aperçut de nombreuses bouteilles de shampooing, après-shampooing, gel douche, chacune ayant une fonction bien précise. “Pour cheveux secs”, “pour cheveux abîmés”, “revitalisant”… Des noms de marques dont elle n’avait jamais entendu parler. Probablement des produits coûteux et spécialisés. Elle s’amusa à deviner le contenu des placards. Des crèmes, des serviettes de toutes tailles, deux sèche-cheveux, des lotions pour le visage? Elle sourit, mi-émerveillée, mi-amusée, en comprenant qu’elle avait peut-être enfin trouvé ce qu’elle cherchait.

Félicité sentit que sa visite était trop éphémère pour qu’elle puisse se prononcer sans l’ombre d’un doute sur le caractère parfait de ce foyer et ses habitants, cependant elle sentit également qu’elle allait arrêter là ses recherches, enfin repue et satisfaite. Un appartement somptueux, un confort et une sensation de sécurité présents dans chacune des pièces, des gens aimants qui semblaient heureux… Elle comprit qu’elle ne voulait pas chercher à voir plus loin que les apparences, de peur de tromper ses illusions nouvelles et de goûter prématurément au goût amer de la déception. Et pourtant… le passé et le présent de cette famille la rattrapent à grands pas et tachent discrètement un tableau à l’aspect si… parfait.

Morgane.

One of these things first

Enregistré dans : Hiver — Morgane at 11:05 pm on Jeudi, juillet 27, 2006

Je ne sais pas bloguer. J’écris des mots insipides pour les effacer peu après. Je recommence, ce n’est pas moi, tant pis. Je presse quand même le bouton “publier”. Je ne sais plus comment dire les choses à ma manière alors je me drape dans un voile de fausseté qui ne me reflète pas. Toujours ce problème de surface et de profondeur. Tout y est un peu trop lisse et surfait. Cela fait longtemps que je n’ai pas vraiment écrit.

L’art ne veut pas la représentation d’une chose belle mais la belle représentation d’une chose.
Emmanuel Kant

Morgane.

I won’t let you

Enregistré dans : Printemps — Morgane at 11:00 pm on Dimanche, juillet 23, 2006

Hier soir, plutôt hier matin. Dans mon lit, l’oreiller bien calé sous ma tête, une mélodie dans les oreilles. Comme d’habitude lorsque je n’arrive pas à dormir, j’ai regardé le ciel à travers le vélux ouvert, sur la gauche. Et là, tout est revenu d’un coup. Tous ces souvenirs, comme une vague déferlante, puissante. Sorte de choc, toutes ces images qui refont surface, ces mots, ces sensations, tout à la fois. Dans mes mains, mon ventre, ma gorge, mon front. J’ai voulu me resouvenir, tout retrouver, depuis le commencement.

Cela commence avec les photos de cette nouvelle année, celle que je n’ai pas connue puisque je me suis arrêtée à 2005. La Normandie, ses chevaux, son club en particulier, voir toutes ces têtes, la plupart connues, ne pas savoir s’il faut sourire ou bien pleurer. Le petit paradis existe toujours, cependant je ne peux plus m’y rendre, j’ai décidé d’y glisser mes pieds pour la dernière fois l’été dernier. Je sens presque le regret, mais non, il faut continuer mon bout de chemin toute seule. Je replonge en 2001. Première arrivée, un temps grisâtre, un sol boueux, une amie qui m’attend, les chevaux dans leurs boxs, un magnifique poney alezan qui descend du camion. Je demande si je peux le brosser, il s’appelle Funambule… Si je savais, à cette époque! Et puis on actionne la machine à avancer le temps et voilà que défile tout le reste. Mon premier été, les veillées, la randonnée inoubliable, le poulain pie, les galops sur la plage, les prix, les champs, les marches sur la route, les filets à la main, première déclaration. On plonge un peu plus, encore. 2002, deuxième été, deuxième randonnée, fier poney alezan, si je savais! Le premier amour, le vrai, celui qui dura trois ans, la première rencontre avec ma new-yorkaise et puis ces gens que je n’oublierai jamais. Les rires, les batailles d’eau, les courses dans le cross, le galop en tête, les examens, l’hippologie, les cachotteries sous la paille, les embrassades. Le 10 août 2002, le dernier galop, la dernière fois. D’autres stages, des parties de cartes enfumées, une musique vaguement jazzy en fond sonore, les engueulades, le chocolat et les bros d’eau dans les lits, les petites escapades nocturnes, lorsqu’on n’arrive pas à dormir, les jeux sur l’herbe du jardin, les ballades, le pique-nique et les courses folles dans les champs. Le 23 février 2003. Funambule est mort, le poney alezan est parti rejoindre un autre monde. Puis début avril, premier concours complet. Le stress, les belles tenues de compétition, les pantalons blancs, les jurys sévères, une première place en dressage, le stress, les parcours qu’il faut retenir, le cross, l’attente des résultats, la buvette, les photos, les pions, la préparation des chevaux. Début d’une série. Les concours s’enchaînent, quelques résultats, des week-ends inoubliables mais éprouvants. L’été 2003, je pense toujours à lui. Les coups de blues, les rires qui repartent de plus belles, des photos, tout le temps, partout, pour se resouvenir. Les belles années, tous ceux que l’on connaît, la progression, les barres qui montent, les reprises qui deviennent plus difficiles, le terrain de cross que l’on découvre un peu plus. L’été 2004, je ne t’ai pas oublié, tu sais. Ce dernier regard, mais je n’ai pas oublié tes yeux. Le foin, les poneys à cru, la distribution des rations, les soirées dans la cuisine. 2004 puis 2005, on retrouve chaque années ceux qu’on avait perdu et un nouveau départ reprend chaque fois, même si ce n’est au fond qu’une grande envolée qui ne fait que continuer. Les cigarrettes, un peu de bière, les tarots divers, les nuits à la belle étoile, les repos sur l’herbe, les parcours d’obstacle à pied, les sauts en longueur, l’aquarium dans lequel on va trouver refuge, la sellerie et sa bonne odeur de cuir. Toujours des confidences, des épaules qui s’enserrent, des mains qui se tiennent. Le soleil, le temps qui passe et que l’on oublie. Le temps qui passe, le temps qui change. Derniers adieux, ce sol que l’on foulera pour la dernière fois, cet endroit qui m’aura fait vivre mes plus beaux instants.

Je sens encore ces étoiles dans ma gorge, ces sensations à cheval et c’est étrange, car je n’ai rien oublié. Je me souviens de nos conversations, de détails, de regards. Je me souviens des lieux comme si je les avais vus hier, des chevaux comme s’ils étaient les miens. Mais tout change et les belles années disparaissent. On grandit, il faut laisser la place aux autres. C’est difficile à accepter et je voudrais encore planter mes ongles dans la chair de mes souvenirs, pour les retenir, les revivre vraiment. Retourner en arrière. Tant pis pour les larmes, les déceptions, les coups durs, les années à attendre, les faux espoirs. Tant pis pour certaines réprimandes, certains échecs, certaines personnes que l’on apprécie moins. Ces instants me sont trop chers et je me rend compte maintenant du vide de mes vacances sans ce goût de Normandie. Pourtant je n’arrive pas à lui dire Adieu.

Morgane.

Favorite things

Enregistré dans : Eté — Morgane at 12:05 am on Mercredi, juillet 19, 2006

Une enfant est assise sur une chaise inconfortable au bois usé, près d’une fenêtre grande ouverte. Elle se tient légèrement affaissée, l’avant-bras accoudé négligemment au rebors de la fenêtre. Elle n’est vêtue que d’un simple tee-shirt trop grand pour elle, qui lui arrive à mi-cuisse. Une culotte de coton blanc, des jambes nues, un simple bracelet coloré autour de la cheville. Ses cheveux fins et sombres sont relevés en une queue de cheval portée haut. Quelques uns s’échappent follement de l’élastique détendu qui les retient. Son visage est arrondi, encadré par deux mèches éparses tombant devant ses oreilles. Un petit air doux, presque naïf, éclaire ses deux pupilles brunes. De fines lèvres, un menton effacé, un nez retroussé. L’enfant n’est pas particulièrement belle, jolie tout au plus.

Au dehors, le noir, une nuit sans lune. Il est trop tard, les étoiles sont déjà parties. Les grillons chantent, les arbres remuent leurs branches doucement, bercés par un vent très léger. Un vent que la fillette peut presque sentir sur ses joues mais qui pourtant n’atténue pas la sensation de chaleur opressante qui se répand dans l’atmosphère comme un voile lourd et opaque. Des gouttes de sueur viennent perler et mourir le long de ses tempes et de sa nuque pourtant dégagée. Ses yeux clignent, lourds de sommeil. Pourtant l’enfant lutte contre l’endormissement. Elle veut rester là un peu plus longtemps, sans penser à rien. Elle est juste bien. Et la chaleur est telle qu’il lui est impossible de ragagner son lit en espérant trouver le repos.

Ses yeux sont grands ouverts, malgré l’obscurité. Elle devine des arbres, des immeubles, aux ombres sombres qui se balancent doucement au dehors. Inconsciemment, elle laisse les doigts de sa main gauche pianotter une mélodie imaginaire contre le carreau. La chaleur opressante se transforme en humidité et les yeux de l’enfant se gonfflent, se mouillent. D’un coup, sans prévenir, une grosse larme vient naître au coin de son iris et rouler le long de sa joue. Etonnée, la fillette presse délicatement son index contre son visage pour recueillir la goutelette. Elle élève ensuite un peu le doigt nouvellement humide pour mieux observer la jeune larme. Celle-ci ne reste pas en équilibre très longtemps et fini par glisser, mourir. C’est alors qu’un frisson délicieux vient lui parcourir tout le corps et la glacer le temps d’une fraction de seconde.

Morgane.

No surprises

Enregistré dans : Automne — Morgane at 1:58 pm on Dimanche, juillet 16, 2006

Je pense très souvent à l’année scolaire prochaine. Je la vois comme un grand saut dans le vide, un plongeon en avant. Je la sens pleine de saveurs et de découvertes, pleine de difficultés et de rencontres également. Je serai une vraie parisienne, une étudiante. Je descendrai le boulevard Saint-Michel tous les jours, j’achèterai parfois un sandwich dans une des croissanteries du coin lorsque je n’aurai pas envie de me servir au self, je me mêlerai à tous ces gens qui défilent. Hommes d’affaires, passants, étudiants, adolescents, mères au foyer, retraités, enfants, tous. Je franchirai les lourdes portes de Saint-Louis deux fois par jour, je me promènerai au jardin du Luxembourg lorsqu’il fera beau, je découvrirai une nouvelle classe, de nouvelles têtes. Je jouerai les timides avant de me dérider, je découvrirai leur piano et leurs installations sportives, je retrouverai certainement la seule élève que je connais aux premières pauses entre les cours. Un nouveau rythme à prendre, en fait. Cela me changera de mes habitudes prises depuis trois ans. Je ne me réveillerai plus à la même heure, je ne me précipiterai plus dehors pour courir après le temps, je ne reviendrai plus manger chez moi, je ne retrouverai plus les mêmes connaissances avec lesquelles partager mon trajet, je ne râlerai plus après mes cours d’histoire.

J’ai hâte, pourtant, de commencer ma nouvelle vie. J’ai visité la chambre. Elle est à quelques minutes du lycée, au septième étage, sans ascenseur. Je n’aime pas les ascenseurs, de toute façon. Elle est tout au bout du couloir, voisine de nombreuses autres chambres d’étudiant. Déjà meublée, un peu aménagée, elle a déjà accueilli plusieurs autres préparationnaires avant moi ainsi qu’un photographe. On m’a dit que c’était la chambre “porte-bonheur”. Une kitchenette avec le nécessaire à cuisine, un petit lit avec un matelas trop mou, un grand bureau de bois un peu abîmé, une étagère, un placard, un lavabo, une douche, 14 m². Elle me plaît et je suis déjà en train de réfléchir à la manière dont je vais la transformer, à ce que je vais accrocher aux murs, à ce que je vais emporter. Ce sera mon chez-moi, les premières prises d’indépendance, un peu de solitude, beaucoup de sérénité.

Et voilà, un autre voyage dans le temps que je m’imagine déjà mettre en musique.

Morgane.

Living on the edge

Enregistré dans : Automne — Morgane at 9:51 pm on Jeudi, juillet 13, 2006

“Tu veux faire quelque chose demain?”
- Bien sûr! Mais je suis pauvre, par contre.
- Ca tombe bien, moi aussi.
- Budget du jour: un ou deux euros plus un ticket de train.
- C’est à peu près ça, oui.
- On va où? On fait quoi?
- On se ballade dans Paris!
- On prend n’importe quelle ligne de métro, on s’arrête à une station inconnue, on marche dans la rue, on se perd, on retrouve un métro et on rentre sur Saint-Lazarre?
- Et on se trouve un parc avec de l’herbe pour s’allonger et rester là pendant des heures.
- Improvisation totale?
- Improvisation totale!
- Je vais amener un tas de trucs loufoques, je verrai si ça sert.
- Et je prend mon appareil photo.
- Alors je ramène le mien aussi.
- 14 heures à la gare?
- Ca marche! A demain.
- A demain.

J’ai retrouvé un vieux CD que j’écoutais quand j’étais petite: Immortels de la guitare. Divers compositeurs: Vivaldi, Bach, Sibelius, Grieg, Dvjorak… Des mélodies qui sonnent la nostalgie et les odeurs du passé. A écouter, c’est envoutant et tout doux, tout doux.

Morgane.

Maybe tomorrow

Enregistré dans : Eté — Morgane at 4:43 pm on Mardi, juillet 11, 2006

I’ve been down and
I’m wondering why
These little black clouds
Keep walking around
With me

I look around at a beautiful life
Been the upperside of down
Been the inside of out
But we breathe
We breathe

So maybe tomorrow, I’ll find my way home.

Morgane.

Extreme ways

Enregistré dans : Hiver — Morgane at 8:36 pm on Samedi, juillet 8, 2006

Je me sens complètement perdue. J’ai l’impression de ne pas savoir où poser mes pieds, d’errer de déception en déception. C’est comme si j’avais perdu ce fil conducteur qui me rendait presque sûre de moi. Les heures défilent, les gens tourbillonnent, je passe d’une gare à une autre. Je change de train, je regarde les passagers, j’imagine leur histoire. J’attend pendant des heures, je pense à tout et  pourtant à rien, je m’asseois sur un banc froid et je regarde le bout de mes pieds. Tout ça pour quoi?

Je me rappelle nos années de lycée. Elles se sont envolées, je ne m’en rend même pas compte. Je suis en vacances, une période de transition préparant la chute. Cette portion de vie fait partie de la grande spirale qui englobe nos années. On ne profite jamais assez des moments. Quand bien même on le ferait, il y aurait toujours cette désagréable impression que tout passe bien trop vite et que l’on n’a jamais assez de temps pour savourer et montrer que l’on aime. Tous ces gens qui faisaient mon quotidien, ces rues traversées encore et encore, les aller-retour, les heures à attendre, à parler, les cours, les salles de classe, les aveux, les confidences. Ils ne forment plus qu’une traînée transparente derrière-moi. Comme ces traces blanches que laissent les avions lorsqu’ils passent dans le ciel.

Je dois avancer, pourtant je n’ai de cesse de regarder par dessus mon épaule. De soupirer. Je me demande quand est-ce que je pourrai enfin m’allonger dans l’herbe, regarder les étoiles une nuit d’été et prétendre avoir trouvé le bonheur. C’est ridicule, mais j’ai l’impression que rien ne sera jamais parfait, qu’il y aura toujours un manque et que je ne pourrai jamais être complètement satisfaite. Je ressens ce vide, l’absence de quelque chose - ou de quelqu’un? - et puis… J’ai comme l’impression que cela fait partie de moi. Cette part de tristesse qui peut se lire dans mes yeux. Les gens me demandent souvent pourquoi je suis triste. Je ne sais pas si je suis vraiment triste… Je sens simplement qu’il y a cette drôle de sensation en moi, comme quelque chose qui voudrait éclater et se répandre en larmes le long de mes joues sèches. C’est peut-être cela, la frontière entre l’état de tristesse et la manifestation visible de cet état. Je ne suis pas vraiment triste. Non, je n’ai pas le droit de l’être. Pourquoi est-ce que je ne peux pas pleurer de temps en temps, comme tout le monde, pour évacuer, me purifier, tout recommencer? Je ne parviens qu’à accumuler, à me gonfler encore un peu plus de ce sentiment de trop-plein. Je me drape dans un voile austère, je me sens comme triste et mélancolique et cela fait longtemps que je n’ai pas atteint de sentiment de quiétude. En plus, je me sens presque bien comme ça. Je suis moi, on ne force pas les gens à sourire. Pourtant au fond, j’attend toujours.

Morgane.

Born on the fourth of july

Enregistré dans : Eté — Morgane at 11:37 am on Mardi, juillet 4, 2006

Hier, le 3 juillet. Hier, les résultats du bac. Et tout ce qui accompagne leur dévoilement: le stress, l’angoisse, l’attente, la montée d’adrénaline, les battements de coeur qui s’accélèrent, la cohue, la ruée des élèves vers le tableau d’affichage.

Nous sommes arrivés au lycée d’Argenteuil qui nous corrigeait vers neuf heures, soit une heure avant l’affichage des résultats. Un rapide tour du pâté de maison pour découvrir l’existence potentielle d’une autre entrée. Nous sommes restés debout à attendre quelques minutes. Nous parlions, même si nos mots n’avaient pas vraiment de sens, cela nous permettait de penser temporairement à autre chose. On sentait bien pourtant la tension qui animait les quelques élèves déjà présent. Chacun, à sa manière, tentait d’évacuer le stress. Soit en parlant très fort, en gesticulant dans tous les sens. Soit en s’adossant à un vieux camion blanc, en regardant le sol, pour ne penser à rien. Nous sommes allés nous asseoir dans l’herbe. Puis nous avons vu progressivement tous les autres élèves arriver. On se sentait unis, dans cette attente interminable. J’ai pensé que c’était peut-être la dernière fois que nous nous réunissions tous ensemble. Le temps est passé lentement, mais l’heure fatidique est arrivée. Les premiers élèves se sont précipités vers la porte d’entrée. Nous avons lentement débouché dans la cour du lycée. Les panneaux d’affichage étaient sur la gauche.

J’ai cherché le numéro de mon Jury, le 9534. Plusieurs grands panneaux jaunes et des listes, des listes. L’ordre alphabétique. Le regard qui balaie les lettres pour arriver à D. J’ai enfin trouvé mon nom. En face de lui: admis mention très bien. Je me suis mise à trembler, à ne pas réaliser sur le moment. Jamais je n’aurais espéré autant! J’ai entendu les hurlements autour de moi, les pleurs, les cris, les téléphones portables qui s’allumaient. Pendant un très bref moment, j’ai eu l’impression d’être seule à trembler au milieu d’une foule de personnes hystériques. Puis je me suis tournée vers des amis. J’ai accompagné Adeline jusqu’à sa liste. En face de son nom: admis mention très bien. Les embrassades, les cris de joie. Enfin, j’ai commencé très lentement à réaliser. On s’est tournées vers les autres. Des sourires, des larmes le long des joues, mais des larmes de bonheur. J’aurais voulu sauter, hurler, féliciter tout le monde, leur montrer à quel point j’étais fière d’eux.

Nous nous sommes tous dirigés vers une salle à l’étage, pour retirer nos livrets et ainsi avoir le détail de nos notes. Un petit escalier, tout le monde qui se presse et parle avec agitation. On a posé la question à tout le monde, même à ceux à qui l’on n’a jamais adressé la parole. Même à ceux que l’on ne connaissait même pas. Mais ce fut long. Une nouvelle attente, tous serrés les uns contre les autres. Certains ont doublé vers la gauche. Nous avons piétinné, reculé, poussé, soupiré, transpiré. Même si nos sourires béats ne semblaient pas vouloir quitter notre visage. Enfin, on a pu s’approcher des tables. Une dame m’a demandé mon nom, me fait signer à côté d’une nouvelle liste d’élèves. Elle m’a dit: “Admise mention très bien, 16.71 de moyenne: félicitations.”

J’ai récupéré le livret vert, impatiente de découvrir mes notes. De grosses surprises, dans presque toutes les matières. J’ai eu le drôle de sentiment que ceci ne pouvait refléter mon niveau, qu’il devait s’agir d’un bête coup de chance. J’ai essayé de chasser cette vilaine impression. Que représentent de bêtes notes, après tout? J’ai eu mon bac, c’est le principal. Un tout petit sentiment de fierté, malgré tout. Une fois dans l’année, j’ai pu être contente de moi.

Maths: 16
Physique-Chimie: 16
S.V.T: 16
Anglais LV1: 19
Espagnol LV2: 18
Français écrit: 11
Français oral: 17
Histoire-Géographie: 14
Philosophie: 11
Sport: 16
Histoire européenne: 18
Musique: 19
T.P.E anglais LV1: 19

Juste une fois dans l’année…

Aujourd’hui, le 4 juillet. Aujourd’hui, j’ai 17 ans.

Morgane.

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